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Nouvelle #11 – Myanmar (extraits)

Nouvelle #11 – Myanmar (extraits)

By on Juin 26, 2016 in Nouvelles | 0 comments

« Â Le scooter fonçait sur la piste sablonneuse, éclairée uniquement par le phare jaune et fatigué de l’engin, ne faisant apparaître les pierres, les trous et les bosses qu’au dernier moment. Au prix d’embardées désespérées, la machine réussissait à éviter certains obstacles, mais encaissait la majorité de plein fouet. Ses deux passagers, marionnettes démantibulées, gigotaient dans tous les sens avant de reprendre leur route, dans un son d’accélérateur pétaradant. – Tu vas nous tuer. – T’inquiète, je gère. Si je ralentis, on le loupe. Ce serait bête d’avoir fait tout ça pour le rater. On y est presque : regarde, c’est là, juste en face. – Ok, fonce. Mais cet après-midi, massage pour remettre mes vertèbres dans le bon ordre. Les arbres, les maisons, les édifices émergeaient lentement de l’obscurité quand le scooter, dans une grande gerbe de poussière, s’arrêta en dérapant. Ils en descendirent en courant, arrivèrent devant un porche, se débarrassèrent de leurs tongs et reprirent leur course, pieds nus, jusqu’à un escalier de pierre aux marches irrégulières et lisses d’usure, qu’ils gravirent quatre à quatre. En haut, une plateforme. A bout de souffle, ils s’affalèrent sur un muret en pierre. – On l’a fait. Cinq heures et demie du matin. »   « Â L’attente se prolongea. L’un après l’autre, ils descendirent traîner du côté de la réception, interrogeant l’employé du regard. Une expression désolée pour toute réponse. Après plusieurs heures à patienter, ils se décidèrent à sortir, histoire de penser à autre chose. En rentrant du restaurant, l’esprit embrumé par la fatigue et les bières descendues, ils se dirigeaient directement vers leur chambre quand une voix les stoppa net. – Bonne nouvelle. J’ai trouvé quelqu’un qui pourrait vous aider. Instantanément, ils se téléportèrent au comptoir de l’accueil. – Ca n’a pas été facile. Mais un ami d’un de mes cousins travaille pour un archéologue anglais qui est à Bagan en ce moment, en train d’étudier une pagode découverte récemment. Mon ami sait qu’il comprend le Mon. Il pourra sans doute vous aider. Je vais vous montrer sur une carte où se trouve son chantier.   La nuit fut courte. Tomas et Sara, impatients comme des enfants la veille de Noël, mirent du temps avant de s’endormir, multipliant les scenarii et...

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Nouvelle #10 – Chine (extraits)

Nouvelle #10 – Chine (extraits)

By on Juin 3, 2016 in Nouvelles | 0 comments

« Â Le train, après avoir traversé une grande zone industrielle, s’enfonçait de plus en plus dans la ville, la densité des immeubles croissant au fil des kilomètres. Enfoncé au fond d’un des sièges moelleux de « l’Airport Express », tapotant des pieds pour faire fuir les fourmis qui se baladaient dans ses jambes après douze heures de vol, son sac à dos calé entre ses cuisses en guise d’oreiller, Tomas, le regard ailleurs, rabâchait silencieusement son discours. Il en était obsédé depuis son départ d’Auckland. Comment l’aborder ? Quoi lui dire ? Par où commencer ? De quelle façon lui expliquer sa brutale disparition et sa présence inattendue à Hong Kong ? Il avait recensé chaque objection, préparé ses réponses, peaufiné ses arguments, thèse, antithèse, synthèse. Depuis, il se répétait inlassablement ces idées en boucle. Tomas n’aimait pas l’imprévu. Il préférait quand tout était bien organisé et sans surprise. Terrain inconnu et terrain miné étaient synonymes selon lui.   Pourtant Sara, elle, lui était tombée dessus sans prévenir. Tomas et Sara… Un feu de broussaille, au cÅ“ur de l’été. Imprévisible, fulgurant, gigantesque, dévorant tout sur son passage. Allemands au pays des Maoris, ils s’étaient rencontrés compagnons de galère dans un petit boulot pour expatriés à Christchurch. Lors de leur présentation, ils avaient fait la même remarque sur leurs prénoms : « sans HHH ». Un rire échangé, la promesse d’une complicité à venir. Il n’en n’avait pas fallu plus : en une fraction de seconde…fous amoureux. Comme on allume un interrupteur. Nuit, jour. Déracinés, les sentiments sont plus forts, plus colorés, plus vivaces. En tous cas, ils apparaissent comme tels. Des amours de vacances adolescents, version adulte. »   « Â Pinang. Il fallait qu’il atteigne Pinang. Pas le parcours le plus simple. Aidé de la réceptionniste chinoise, Tomas avait étudié les différentes possibilités pour se rendre là-bas. Le village était perché dans une vallée de rizières, près des célèbres paysages de Longsheng, mais à l’écart des voies touristiques. Aucun bus direct. La solution la moins compliquée était de monter dans un bus de nuit pour Longsheng où il débarquerait au petit matin et, de là, emprunter une navette locale qui l’emmènerait à Pinang. Il devrait y arriver en fin de matinée. Tant qu’à être bloqué sur Xinping le reste de la journée,...

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Nouvelle #9 РNouvelle-Z̩lande (extraits)

By on Mai 14, 2016 in Nouvelles | 0 comments

« Â Le bus vient de partir. Le chauffeur a un peu tiqué quand je lui ai dit que je restais, que je ne rentrais pas avec la quinzaine de personnes ayant fait le trajet avec moi depuis Auckland pour ce tour « découverte de Cathedral’s cove » d’une journée. Abandonner un étranger là, en fin d’après-midi, à vingt minutes de marche du premier village, l’embêtait. Il a insisté, me rappelant que j’allais perdre mon billet retour, ni échange, ni remboursement. J’avais prévu une histoire crédible : des amis à retrouver qui allaient passer me chercher d’ici peu de temps, ne m’ayant prévenu de leur présence dans la région qu’au dernier moment. Il a eu l’air rassuré, une tape sur l’épaule et le groupe s’est éloigné avec des petits signes de main auxquels je répondis en souriant. Les autres touristes quittent peu à peu ce site de Cathedral’s cove. Cathedral’s cove, tunnel naturel creusé dans la roche par l’eau et le temps, une ouverture au pied d’une falaise, reliant ainsi deux plages, deux baies. Unique et accessible seulement par bateau ou par un chemin en terre que l’on parcourt en une trentaine de minutes. Ils veulent arriver à leur véhicule avant la nuit tombée. J’ai un peu plus de temps, je ne fais pas le trajet jusqu’au bout, j’ai repéré l’endroit idéal à l’aller : un promontoire rocheux magnifique qui surplombe la mer et les îlots du Coromandel, la partie nord-ouest de la Nouvelle-Zélande où je me trouve. Le dernier couple tarde à quitter la plage. Ils aimeraient passer un moment seuls dans cet endroit romantique. Pas de bol pour eux, ça ne coïncide pas avec mes plans. Je m’assois, m’installe calmement, sors le repas que j’ai préparé pour l’occasion de mon sac, pour bien leur faire comprendre que je ne compte pas m’éclipser rapidement. Ils comprennent le signal et rebroussent chemin, contrariés. Je finis mon dîner, l’océan en voisin de table, et reprends, les saveurs titillant toujours mes papilles, la route du retour. Le chemin remonte de la plage jusqu’en haut de la falaise, je suis l’itinéraire balisé un moment, avant de bifurquer sur la gauche pour rejoindre cet éperon rocheux qui me plaît tant.   Mon plongeoir pour l’éternité. »   « Â Après une bonne...

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Nouvelle #8 – Australie (extraits)

Nouvelle #8 – Australie (extraits)

By on Avr 15, 2016 in Nouvelles | 0 comments

« Â Les Australiens ne font pas du sport par plaisir, en dilettante. Ils ont des objectifs, ils veulent des résultats. Alors, ils se donnent à fond. Ils courent les dents serrées, de l’acide lactique plein les jambes, du feu dans les poumons, en contractant leurs abdos. Ils soulèvent des poids massifs devant des glaces, dans des salles surchauffées, avec des grognements sourds, vérifiant l’évolution de leur musculature. Ils se font mal, ils plient leurs morphologies à leur volonté. Chacun épiant l’autre pour être certain de figurer parmi les plus attirants. Une parade nuptiale à grand coup d’haltères et de sueur. Sean n’échappait pas à cette règle. Il retrouvait ses amis trois fois par semaine au club de sport et allait glisser sur les vagues dès que possible. Avec tout ça, il pouvait s’enfiler des hectolitres de bière en soirée en gardant bonne conscience. Les cours ? Son enveloppe corporelle y assistait, mais il était souvent en train de rêvasser, gribouiller, pianoter discrètement sur son smartphone ou commenter à voix basse les derniers commérages de la fac. Il faisait des études parce qu’il le fallait, même si l’Australie ne connaissait pas vraiment le chômage et que le diplôme était secondaire ici. On juge les gens à leurs réalisations, à leurs compétences plutôt qu’au cursus suivi. Alors qu’il discutait de tout et de rien avec son voisin de gauche, un mot s’éleva au-dessus du brouhaha de l’amphi et attira son attention. Uluru. »   « Â En entrant dans le grand bureau, Sean sentit que l’ambiance était différente. D’habitude, il a à peine le temps de passer la porte que l’honorable Professeur Paisley l’accueille en répétant en boucle « Sean, Sean, Sean » d’un ton désolé et abattu. Cette fois, il s’extirpa de son siège, grand sourire, pour venir lui serrer la main. Deux personnes, assises dans les grands fauteuils club du coin salon se levèrent également a son arrivée. Costumes noirs et chemises blanches. Sobres et élégants. Un homme d’une cinquantaine d’années aux joues creusées, s’appuyant sur une canne à pommeau d’argent, mais au regard vif. Et son acolyte, plus jeune de deux décennies environ, cheveux courts, mâchoire carrée et sourcils broussailleux, buste puissant. Un ancien joueur de rugby ou un boxeur peut-être. – Sean, entre, je...

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Nouvelle #7 – Mexique (extraits)

Nouvelle #7 – Mexique (extraits)

By on Fév 29, 2016 in Nouvelles | 0 comments

« – Merde Une flaque de mezcal se répandait sur son bureau. En grommelant, Antonio Mahual attrapa une boîte de mouchoirs en papier  pour éponger l’alcool qui commençait déjà à atteindre le rebord de la surface plane. Il jeta les Kleenex imbibés dans sa poubelle, se lécha les doigts, avala d’un trait le verre rempli à ras-bord avant de le faire disparaître avec la bouteille dans le tiroir du haut, cachés au fond derrière une série d’intercalaires. Il pensa jalousement aux détectives privés des livres de son adolescence, sirotant nonchalamment un whisky hors d’âge, prenant le temps de faire tinter les glaçons, avachis dans des fauteuils clubs. Ils méditaient dans des repaires chargés d’histoires et de mystères, sous la lumière vacillante de lampes de bureau chromées, devant des baies vitrées où la pluie ruisselait et où la ville se donnait en spectacle. Antonio balaya son cadre de travail du regard : un aquarium en verre éclairé au néon, sol en carrelage, bureau en fer, meuble de rangement des années soixante-dix qui couinait à chaque fois qu’on l’ouvrait et des chaises de bureau les plus basiques possibles. Pas de fenêtre, sa seule vue était cette salle aux faux plafonds qui lui faisait face et où s’entassaient les postes de travail de l’ensemble de son équipe. Bienvenue à la police judiciaire de Campeche, capitale du district du même nom, péninsule du Yucatan, Mexique. Chacun son purgatoire, se dit-il. »   « Â Dans le bureau du directeur du “Las Vegas”, le principal casino de Campeche, Antonio se trouvait face à l’ensemble des gérants de boîtes de jeux de la ville. A sa demande, ils avaient répondu présents en un clin d’œil, tels des boy-scouts. Tant de bonne volonté lui paraissait suspecte. Ils étaient réunis autour d’une grande table de réunion ovale. Devant chacun des participants, un petit chevalet en cristal indiquait le nom de la personne et de son établissement, avec un logo en couleur. “Un peu plus et on se croirait au Rotary Club”, avait songé Antonio. Le responsable du “Las Vegas” tenait le rôle de porte-parole du groupe. – Pour votre arrivée dans notre ville, nous aurions aimé vous aider, monsieur le commissaire. Une grande partie de nos clients sont des touristes pour qui...

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Nouvelle #6 – Nicaragua (extraits)

Nouvelle #6 – Nicaragua (extraits)

By on Fév 10, 2016 in Nouvelles | 0 comments

« Donovan (…) Temps d’aller se faire un café. Un coup d’œil en passant, en caleçon, devant le miroir format XXL de mon salon, pour faire l’inventaire des dégâts. J’ai l’air fatigué, je ne peux pas le nier, mais l’essentiel est là. Un mètre quatre-vingt-cinq, quatre-vingt-trois selon ma carte d’identité mais je préfère arrondir si on me demande, la peau tannée par le soleil, un tatouage tribal sur l’épaule débordant sur une partie du bras, un autre dessinant une vague stylisée à l’arrière du mollet, des yeux verts, des cheveux mi-longs, mi-blondis par le sel, une musculature dessinée… Mes biceps répondent au quart de tour. Droit, gauche, droit, gauche, les deux en même temps. Ils ondulent comme une vague. Quadriceps, obliques, grand droit ? Présents ! Je me tourne, ma tête fait volte-face pour examiner le verso, mes cervicales claquent. Un bruit de biscotte qu’on écrase. Je déteste ce bruit. Je fais des va-et-vient avec la nuque, histoire de vérifier que je ne me suis rien froissé. Je réessaie, pivotant doucement le cou cette fois-ci. Silence, les vertèbres coulissent doucement. Toujours un cul d’enfer ? En béton armé. J’ai de beaux restes pour un gars de trente-sept ans. Bien sûr, je devine quelques cheveux grisonnants, mon front s’étend de plus en plus. Mais rien de catastrophique. Ma seule faiblesse, mon vrai point faible, je le connais. Je n’ose pas baisser le regard. Il est là, il m’attend. Depuis des mois, il s’est accroché à moi, squattant ma silhouette, déformant mes lycras. Du mou en bas du ventre, un pli. Ce n’est pas de la peau, mais bien un « renflement adipeux ». Un bourrelet, quoi. Je le fais rouler entre mes doigts. Ca bloblote. Un goût de sang dans ma bouche : je viens de me mordre la lèvre. Mes tablettes de chocolat se transforment en mousse. Comme si je fondais, me ramollissais par le bas. »   « Léa (…) Le charme s’était fané. A l’observer ressasser les mêmes blagues, les mêmes surnoms, répéter des phrases similaires dans des cours identiques, à tourner en rond dans les mêmes lieux, à vivre en boucle, elle s’était rendu compte qu’il était paumé, végétant dans un trou perdu et incapable d’en sortir. A son âge… Il refusait de voir que...

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Nouvelle #5 – Costa Rica (extraits)

Nouvelle #5 – Costa Rica (extraits)

By on Jan 4, 2016 in Nouvelles | 0 comments

« Â Chaque matin, je passe par la plage. Vingt minutes environ. Short de bain, t-shirt, pieds nus, tongs à la main. Ca me rallonge un peu, mais j’ai toujours adoré le crissement du sable sous les pieds, l’odeur des noix de coco tombées pendant la nuit éventrées sur la plage, le grondement de l’eau qui se fracasse sur le rivage, les crabes effrayés qui déguerpissent en pas chassés quand j’approche. A cette heure-là, le monde m’appartient, il est rare que je croise un autre être humain. Parfois, les frères Dingané qui me saluent de leur bateau. Quand ils n’ont pas trop bu la veille, ce que l’on peut qualifier d’ « exceptionnel », ils partent pêcher de bonne heure. Ce sont bien les seuls à être debout. Le reste du village s’étire doucement, fait chauffer le café, allume la radio. » « Â Le rituel matinal a continué tous les jours de la semaine, sauf le jeudi où les frères Dingané l’ont emmené pêcher. Il avait fait leur connaissance au bar, un de leurs soirs de beuverie. Alors qu’ils commençaient à se battre, comme d’habitude, pour un motif anecdotique dont ils ne se souviendraient plus le lendemain, Eugène s’était interposé entre les deux, tournoyant, les bras en l’air. Un vrai moulin à baffes. Ce sont pourtant de bons bestiaux les gugusses : deux beaux bébés de plus d’un quintal chacun, aux épaules massives, aux torses puissants comprimés dans des t-shirts pourtant XXL qui menaçaient de craquer à tout moment, et aux mains énormes, en forme de battoirs, dures comme du bois. Mais se faire torgnoler par un vieux chétif qu’ils auraient pu dégager d’une pichenette, ça les a surpris. Surtout qu’il n’a pas attendu qu’ils se reprennent : les saisissant par les oreilles comme des cancres, il les avait sortis du bar, fait asseoir sur le trottoir et leur avait fait la morale. Ils n’en menaient pas large, penauds devant ce grand-père, qui leur disait de le regarder dans les yeux et qui répétait « quelle honte, mais quelle honte ! Se mettre dans des états pareils, alors que vous avez des familles. L’exemple pour vos enfants, bravo !! ». Ils les avaient raccompagnés chez eux, séance tenante. A leur réveil, ils étaient amis. On ne savait toujours pas grand-chose de lui....

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Nouvelle #4 Рd̩serts (extraits)

Nouvelle #4 Рd̩serts (extraits)

By on Déc 8, 2015 in Nouvelles | 0 comments

« – Putain c’était qui ce mec ? La rue monte en pente raide. On est à plus de trois mille six cent mètres. Mes cuisses me brûlent, mes poumons vont exploser. S’ils croient que je vais ralentir alors que leurs talons claquent le pavé derrière moi. Une vraie cavalcade. Leurs sifflets me vrillent les oreilles. Ils pensent vraiment que cela va m’arrêter ? Si j’arrive en haut de la butte, j’ai une chance de les semer. Une détonation. Un morceau de mur explose à ma droite. Un fragment de pierre jaillit et m’érafle la joue. Les cons : ils me tirent dessus. En pleine ville, en pleine journée, en pleine foule. Tout ça pour une saloperie de boîte en bois. Et si je la lâchais maintenant ? Non, en dernier recours. Je peux encore y arriver, droite, gauche et c’est l’entrée du marché. Capharnaüm de produits en tout genre, il est labyrinthique, mais je le connais par cÅ“ur. Il fallait absolument quelqu’un de La Paz pour faire ce coup, je comprends pourquoi. Je suis chez moi, les lieux, je les connais comme ma poche, j’ai commencé ma « carrière » en fauchant les sacs des touristes dans ces mêmes ruelles. Je m’enfuyais déjà par là quand j’avais six ans. » « Après une courte hésitation, Alfonso fonça sur moi, plaquant une main sur la poitrine, essayant de me repousser hors de la loge. -T’as rien à foutre là. Dégage. En un éclair, ma lame était contre sa gorge. – Tout doux Alfonso. Je suis nerveux quand on se fout de ma gueule. Et la nervosité me fait faire des choses idiotes. Ce serait con de tâcher cette belle moquette. Du coin de l’œil, j’ai vu la casquette s’agiter. – Toi, si tu ne veux pas que je m’occupe plus sérieusement de ton cas que la dernière fois, reste tranquille. Un éclair de peur dans ses yeux, il m’a montré la paume de ses mains et recula d’un pas. Gentil toutou. Les deux autres n’avaient pas cillé. » « Â Le reste de la journée, nous le passons à naviguer sur cet océan de sel. L’étendue de cet espace fait sa puissance. Nous nous sentons minuscules et fragiles dans cette immensité. J’aime pas ce sentiment de faiblesse. Déjeuner dans un refuge...

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Nouvelle #3 РP̩rou (extraits)

Nouvelle #3 РP̩rou (extraits)

By on Oct 24, 2015 in Nouvelles | 0 comments

« Juan Carlos ne comprenait pas. Il avait beau constater que le tapis roulant devant lequel il attendait ses bagages était neuf, la salle propre, le mur sans lézardes, la peinture non écaillée, tout lui paraissait vieillot, usé, au bout du rouleau. Il se souvenait de son départ, il y a trente ans, dans ce même aéroport de Cuzco. Il se revoyait, entrant à pas timides dans ce bâtiment, impressionné par l’importance d’un moment doublement solennel : la première fois qu’il prenait l’avion et la première fois qu’il quittait son pays. Il ressentait encore son émotion et son émerveillement d’alors. Là, tout lui semblait petit, fade, anecdotique. »   « Â«Â Je crois qu’on est suivi », dit le chauffeur au même instant. Ernesto se maudit : une pensée négative et voilà que sa prévision de malheur se réalisait. Il imaginait déjà les virages au frein à main, les feux brûlés, les sens interdits, l’accident, l’arrestation, l’interrogatoire… Un coup d’œil autour de lui : personne ne stressait. Il était le seul à avoir les mains moites ? Il se tourna vers son chargé de communication, assis à sa gauche. – Qu’est-ce qu’on fait ? – Rien, lui répondit-il, croquant dans une pomme d’une main et pianotant sur son smartphone de l’autre. On attend. Ernesto hallucinait. Il se rendait compte de la gravité de la situation ? Il allait se retourner pour épier la voiture qui les suivait, quand son chargé de com’ reprit : – Surtout, ne vous retournez pas monsieur. Il ne faut pas leur montrer qu’ils sont repérés. Relaxez-vous, ça va bien se passer. Faites-nous confiance. Ernesto se cala dans son siège et se raisonna. Après tout, il ne faisait rien d’illégal. Un voyage d’affaires, voilà tout. Le ciel devait être de leur côté : un petit miracle se produisit. Dans une rue étroite et à sens unique, le taxi juste derrière eux cala. Impossible de le doubler. Il mit plusieurs minutes à relancer son moteur, malgré les menaces des policiers en civil qui, descendus de leur voiture, criaient à sa portière et essayaient vainement de pousser le véhicule sur le bas-côté. Une fois la voiture redémarrée, le van avait disparu. Les policiers prirent des rues au hasard, à toute vitesse, avant de stopper net. Ils les avaient perdus. De...

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Nouvelle #2 – USA (extraits)

Nouvelle #2 – USA (extraits)

By on Sep 30, 2015 in Nouvelles, Out | 0 comments

« – C’est la dernière fois que je me fais avoir. Rebecca essayait de rester concentrée sur le dossier étalé sur son bureau, mais son regard papillonnait sans cesse vers l’écran de son portable. Elle avait tant lu et relu le message qu’elle le connaissait par cÅ“ur. « Merci pour cette nuit. C’était fantastique. Mais je préfère qu’on en reste là. Au plaisir de te recroiser, Los Angeles, ce n’est pas si grand. Prends soin de toi. John. » Tout allait bien quand il était parti de son appartement hier soir, elle l’aurait juré. Il l’avait embrassée sur le pas de la porte, longuement. Il était encore excité. En nuisette, sur la pointe des pieds, collée à lui, elle pouvait le sentir. En retour, elle l’avait embrassé dans le cou, juste sous l’oreille et lui avait susurré un « appelle-moi ». Il avait frissonné. » « Eclatant de rire, Mary ne put se retenir de recracher son gaspacho quand Rebecca s’est mise à mimer ce qu’elle avait dû faire pour mettre John en forme. Le volume sonore des cinq femmes était tel qu’on n’aurait pas entendu un avion atterrir, dans la ruelle, derrière le restaurant. Ce déjeuner lui faisait du bien. Toutes ses amies lui confirmaient qu’elle avait bien fait de quitter John. Oui, elle avait raconté sa version de l’histoire. Pas vraiment fausse, mais vraiment orientée. Le rôle de la victime, hors de question. Elle n’aurait pas supporté un seul regard de pitié. »   « Le temps de monter leur tente, assez spacieuse pour ne pas avoir l’impression d’étouffer, de revêtir un short en jean et un haut psychédélique, d’enfourcher leurs vélos bariolés, crème solaire, lunettes, et voilà que Jess emmenait Rebecca à la découverte de ce monde à part. Elle y a croisé des personnages aux tenues plus originales les unes que les autres, des voitures crachant du feu, des hommes beaux comme des Dieux, certains complètement nus et aux longueurs…diverses et parfois…étonnantes, des camps avec des scènes à plusieurs étages auxquelles étaient agrippées des grappes de fêtards funambules qui bougeaient en rythme, comme des roseaux dans le vent. Elle a parcouru la Playa, cet espace immense où l’on peut voir la statue du Burning Man, mais aussi le Temple, l’autre monument emblématique qui se renouvelait...

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