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Nouvelle #10 – Chine (extraits)

Nouvelle #10 – Chine (extraits)

By on Juin 3, 2016 in Nouvelles | 0 comments

« Â Le train, après avoir traversé une grande zone industrielle, s’enfonçait de plus en plus dans la ville, la densité des immeubles croissant au fil des kilomètres.

Enfoncé au fond d’un des sièges moelleux de « l’Airport Express », tapotant des pieds pour faire fuir les fourmis qui se baladaient dans ses jambes après douze heures de vol, son sac à dos calé entre ses cuisses en guise d’oreiller, Tomas, le regard ailleurs, rabâchait silencieusement son discours.

Il en était obsédé depuis son départ d’Auckland.

Comment l’aborder ? Quoi lui dire ? Par où commencer ? De quelle façon lui expliquer sa brutale disparition et sa présence inattendue à Hong Kong ?

Il avait recensé chaque objection, préparé ses réponses, peaufiné ses arguments, thèse, antithèse, synthèse. Depuis, il se répétait inlassablement ces idées en boucle.

Tomas n’aimait pas l’imprévu. Il préférait quand tout était bien organisé et sans surprise. Terrain inconnu et terrain miné étaient synonymes selon lui.

 

Pourtant Sara, elle, lui était tombée dessus sans prévenir.

Tomas et Sara… Un feu de broussaille, au cÅ“ur de l’été. Imprévisible, fulgurant, gigantesque, dévorant tout sur son passage. Allemands au pays des Maoris, ils s’étaient rencontrés compagnons de galère dans un petit boulot pour expatriés à Christchurch. Lors de leur présentation, ils avaient fait la même remarque sur leurs prénoms : « sans HHH ». Un rire échangé, la promesse d’une complicité à venir. Il n’en n’avait pas fallu plus : en une fraction de seconde…fous amoureux. Comme on allume un interrupteur. Nuit, jour. Déracinés, les sentiments sont plus forts, plus colorés, plus vivaces. En tous cas, ils apparaissent comme tels. Des amours de vacances adolescents, version adulte. »

 

« Â Pinang. Il fallait qu’il atteigne Pinang.

Pas le parcours le plus simple. Aidé de la réceptionniste chinoise, Tomas avait étudié les différentes possibilités pour se rendre là-bas. Le village était perché dans une vallée de rizières, près des célèbres paysages de Longsheng, mais à l’écart des voies touristiques. Aucun bus direct. La solution la moins compliquée était de monter dans un bus de nuit pour Longsheng où il débarquerait au petit matin et, de là, emprunter une navette locale qui l’emmènerait à Pinang. Il devrait y arriver en fin de matinée.

Tant qu’à être bloqué sur Xinping le reste de la journée, Tomas décida de découvrir les environs, laissant son sac au « Seven Sky ». A peine avait-il parcouru trois mètres qu’il fut assailli, dans un anglais sommaire mais efficace, par des vendeurs multi-cartes : jus de fruits, souvenirs, cartes postales et excursions packagées, calibrées, sans risque. Il hésita un moment, sa perplexité faisant baisser les prix comme par magie, mais repoussa finalement les propositions. Il avait envie de laisser faire le hasard, de se laisser guider par ses pas. Il n’irait pas jusqu’à dire que l’aventure l’appelait…mais presque. Cela l’étonnait lui-même.

Il descendit jusqu’à la rivière. Des dizaines de petits bateaux en bambou attendaient patiemment les touristes pour les faire naviguer au milieu des tours de pierre qui montaient la garde de chaque côté de l’eau. Une nouvelle fois, sa petite voix intérieure, inquiète, tenta de le convaincre d’opter pour ce genre d’activité, mais il la bâillonna et passa son chemin. Sortant du village, il se trouva rapidement en train de marcher sur un chemin isolé en bordure de rivière. Autour, le silence. Quelques cormorans se faisaient sécher les plumes sur des rochers. Le soleil défiait les nuages et illuminait par intermittence la surface miroitante de l’eau. Sur l’autre rive, la cohorte des bateaux de croisière descendait la rivière en file indienne. Une procession de selfies. »

 

« Â Les deux premières heures passèrent en un éclair. Tomas aurait pu rester toute la journée spectateur immobile dans ce paysage.

Des rizières en étage striaient les collines. L’eau scintillante, le vert profond des cultures, les femmes en chapeau en bambou conique, un homme qui laboure, aidé par son cheval, des cabanes sur pilotis d’où des enfants sortent en courant… Un spectacle fascinant se déroulait devant lui, insolite et authentique.

Puis, petit à petit, il avait quitté les zones cultivées pour une nature plus sauvage, plus brute. Le chemin n’était plus qu’une piste qui slalomait entre les arbres, enjambait les ruisseaux, dépassait le sommet d’une colline pour plonger dans une nouvelle vallée. Agréable, mais Tomas réalisa qu’il n’avait plus croisé personne depuis pas mal de temps maintenant. Aucune habitation non plus.

Il arrêta de flâner et se reconcentra sur la marche. Il voulait en finir au plus vite.

 

Trois heures plus tard, il dut se rendre à l’évidence : il était perdu. Il aurait dû atteindre Pinang depuis un bon moment déjà. Il s’était trompé quelque part. Mais où ?

Personne pour le renseigner, un chemin toujours abrité sous une forêt compacte qui rendait impossible de distinguer les alentours, pas de réseau pour appeler ou se connecter à Internet. Il avait même essayé de grimper à un arbre, comme dans les films, pour voir au loin. Il n’avait pas réussi à monter plus haut que deux mètres… Inutile. Et très humiliant. »

 

…vous voulez connaître la suite ? Ecrivez-moi à contact@globewriter.fr

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