Navigation Menu
hjhjhj
Nouvelle #7 – Mexique (extraits)

Nouvelle #7 – Mexique (extraits)

By on Fév 29, 2016 in Nouvelles | 0 comments

« – Merde

Une flaque de mezcal se répandait sur son bureau.

En grommelant, Antonio Mahual attrapa une boîte de mouchoirs en papier  pour éponger l’alcool qui commençait déjà à atteindre le rebord de la surface plane. Il jeta les Kleenex imbibés dans sa poubelle, se lécha les doigts, avala d’un trait le verre rempli à ras-bord avant de le faire disparaître avec la bouteille dans le tiroir du haut, cachés au fond derrière une série d’intercalaires.

Il pensa jalousement aux détectives privés des livres de son adolescence, sirotant nonchalamment un whisky hors d’âge, prenant le temps de faire tinter les glaçons, avachis dans des fauteuils clubs. Ils méditaient dans des repaires chargés d’histoires et de mystères, sous la lumière vacillante de lampes de bureau chromées, devant des baies vitrées où la pluie ruisselait et où la ville se donnait en spectacle.

Antonio balaya son cadre de travail du regard : un aquarium en verre éclairé au néon, sol en carrelage, bureau en fer, meuble de rangement des années soixante-dix qui couinait à chaque fois qu’on l’ouvrait et des chaises de bureau les plus basiques possibles. Pas de fenêtre, sa seule vue était cette salle aux faux plafonds qui lui faisait face et où s’entassaient les postes de travail de l’ensemble de son équipe. Bienvenue à la police judiciaire de Campeche, capitale du district du même nom, péninsule du Yucatan, Mexique.

Chacun son purgatoire, se dit-il. »

 

« Â Dans le bureau du directeur du “Las Vegas”, le principal casino de Campeche, Antonio se trouvait face à l’ensemble des gérants de boîtes de jeux de la ville. A sa demande, ils avaient répondu présents en un clin d’œil, tels des boy-scouts. Tant de bonne volonté lui paraissait suspecte.

Ils étaient réunis autour d’une grande table de réunion ovale. Devant chacun des participants, un petit chevalet en cristal indiquait le nom de la personne et de son établissement, avec un logo en couleur. “Un peu plus et on se croirait au Rotary Club”, avait songé Antonio.

Le responsable du “Las Vegas” tenait le rôle de porte-parole du groupe.

– Pour votre arrivée dans notre ville, nous aurions aimé vous aider, monsieur le commissaire. Une grande partie de nos clients sont des touristes pour qui la sécurité de la ville est un argument important. Mais nous n’avons aucun suspect à vous donner en pâture. Tout est parfaitement calme de notre côté.

Dents trop blanches, costume trop parfaitement cintré, mains manucurées, Antonio détestait ce type. Tout en lui sonnait faux, mielleux, bien trop obséquieux pour être honnête.

Un coup d’œil à l’assemblée : une bande de gugusses bedonnants dont les boutons de chemise étaient sur le point d’éclater, qui ne faisaient qu’opiner du chef. Le leader était clairement défini.

Antonio se dit qu’il était temps de leur montrer à qui ils avaient affaire, leur mettre un peu de pression. Il s’avança vers la longue table et posa bruyamment ses deux poings contre le bois clair.

– Ce que je déteste plus que tout, c’est qu’on me prenne pour un con !

– Monsieur le commissaire…

– Ne recommencez pas avec vos salamalecs de merde. A vous entendre, vous êtes un groupe de bonnes sÅ“urs en goguette qui passe ses soirées à chanter des chansons pieuses au coin du feu. Nous savons, vous et moi, que votre secteur d’activité vous place d’emblée dans une zone grise par rapport à la loi. Joueurs a problèmes à intimider, mauvais payeurs à “motiver” pour qu’ils remboursent leurs dettes, sommes en liquide intraçables qu’on omet de déclarer, “assurances” à payer pour éviter les braquages, personnel armé qui ne devrait pas l’être,… Jusque-là, je vous ai laissés tranquilles parce que vous n’interfériez en rien avec la sécurité de la ville. Mais vous me donnez furieusement envie de vous observer de beaucoup plus près. Je vais vous mettre la brigade financière au cul, à éplucher vos comptes, ligne par ligne, exigeant les justificatifs de notes de frais pour tout, jusqu’à l’achat du papier pour les chiottes. Mes hommes vont se poster à l’entrée de vos casinos et multiplier les contrôles d’identité et les fouilles corporelles. Je vais vous rendre la vie impossible jusqu’à ce que vous arrêtiez de vous foutre de ma gueule ! »

« Â Le périmètre sécurisé, il fit mettre tout le mode en rang contre le mur, les fit fouiller et fit vérifier leurs identités, quand ils avaient des papiers sur eux. En ratissant la salle, les policiers trouvèrent, par terre, quatre armes à feu et une dizaine de couteaux « abandonnés » là à l’arrivée des forces de l’ordre.

Antonio passait d’un suspect à l’autre, le dévisageant, l’interrogeant sur ses origines ou ses antécédents. Les jeux clandestins, il n’en n’avait rien à faire. Il savait exactement ce qu’il cherchait. Il demanda à certains de remonter leurs manches, à d’autres de soulever leur t-shirt. Il désignait ensuite à ses équipes ceux à embarquer au poste pour interrogatoire complémentaire.

Après une vingtaine de profils scrutés à la loupe, Antonio fit face à un homme grand, au crane rasé, au faciès dur et aux traits coupés à la serpe. Il fixait un point devant lui, ignorant totalement la présence du policier. Examinant ses avant-bras, le cœur d’Antonio accéléra : un serpent entourant un poignard, une chouette trônant sur une tête de mort. Enfin un client sérieux.

Il ne lui manquait que la preuve ultime. Rien sur le torse, ni dans le dos. C’est en regardant de plus près son visage qu’il l’aperçut : un chiffre 13 tatoué et dissimulé derrière l’oreille. Bingo. Le signe d’appartenance à la « Maras 13 », gang le plus actif et le plus violent du pays.

– Toi et moi, il va falloir qu’on parle, dit-il à l’inconnu.

Lentement, l’homme tourna la tête vers le commissaire, comme s’il le découvrait pour la première fois.

– Tu veux qu’on parle de quoi ? De ce que je vais faire à ta femme, flic de merde ?, articula-t-il froidement.

Le coup de boule partit direct. Un réflexe. Antonio ne supportait pas qu’on touche à sa famille.

L’homme tenait son nez ensanglanté entre ses mains quand il le fit emmener au poste. Il allait s’occuper de ce cas. Personnellement. »

…vous voulez connaître la suite ? Ecrivez-moi à contact@globewriter.fr

Poster un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *